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Guila Clara Kessous, diplômée de l'ESSEC

Studyrama Grandes Ecoles : 14/01/2013

Festival d’Avignon 2012 : la place de l’Horloge, le cœur battant de la ville, à deux pas du Palais des Papes, vibre de dizaines de spectacles de rappeurs, de magiciens et de funambules. Un peu à l’écart, sur une de ces terrasses ombragées où se rencontrent acteurs, producteurs, directeurs de salles, Guila Clara Kessous termine un rendez-vous avec un responsable de la programmation lyonnais. Elle n’a pas changé. Juvénile, souriante, vive, elle retrouve son professeur de français de khâgne dix ans après comme si c’était hier. Retrouvailles émues…

Propos recueillis par Etienne Garcin

Guila Clara KessousÉtienne Garcin. Quelle impression gardez-vous de votre khâgne dix après l’avoir achevée ?

Guila Clara Kessous. Tout dépend de laquelle, car j’ai fait une hypokhâgne et trois khâgnes ! J’aimais tellement ça que je reprenais toujours avec le même plaisir et donc les impressions que j’en ai sont toutes positives. Un bon souvenir ? En hypokhâgne, je me souviens d’une amie très proche avec laquelle j’écrivais des œuvres de fiction pendant les cours : une suivait le cours, l’autre écrivait… une sorte de jeu de rôles. Il faut toujours suivre… mais avec ouverture !
 
E.G. Dans ce parcours en prépa plutôt axé sur la littérature (en option Lettres modernes), avez-vous un souvenir précis de ce qui a déterminé votre choix en faveur d’une école de commerce ?
G.C.K. Oui, je suivais un cursus au Conservatoire de théâtre et, à la suite de l’obtention de ma médaille d’or, j’avais été voir des producteurs : je leur avais proposé un projet et ils m’avaient demandé quel était mon budget. On n’apprend pas en khâgne à faire un budget. Je suis restée perplexe et ils m’ont dit : « Mademoiselle, allez apprendre »… C’est là que j’ai décidé de compléter ma formation.
 
E.G. Comment s’est passée l’intégration à l’ESSEC ? Comment une littéraire, après quatre ans de prépa, s’est-elle adaptée à l’une des écoles les plus réputées pour son recrutement des meilleurs en maths ?
G.C.K. Quand je suis entrée à l’ESSEC, il y avait déjà pas mal de possibilités de passerelles : je me suis retrouvée avec des étudiants dont les dominantes étaient l’histoire, l’anglais ou même la biologie. Et puis l’on avait également des possibilités de remise à niveau, donc j’ai fait un trimestre de remise à niveau en finance et en comptabilité. Ma Terminale S m’avait laissé des souvenirs et puis j’avais l’envie de réussir cette remise à niveau : elle a été très plaisante et pas du tout infaisable.
 
E.G. Quelle(s) matière(s) vous ont intéressée ? Quels cours spécifiques ?
G.C.K. J’ai choisi de suivre deux spécialisations : la chaire LVMH, soit tout ce qui touchait à l’identification et au territoire d’une marque. Ce qui est très proche de nos problématiques à nous, les littéraires, tout ce qui relève de la symbolique d’une maison de prestige comme Dior, tout en la faisant vivre dans l’histoire et dans la modernité. Cela m’avait beaucoup plu ! Puis j’ai fait un cursus en droit grâce à l’excellent professeur Béatrice Monsallier que je remercie encore. À côté des spécialisations, j’ai également été initiée à la programmation et à la budgétisation culturelle.
 
E.G. Dans quels domaines ou à travers quelles expériences de votre cursus à l’ESSEC votre bagage de khâgneuse s’est-il révélé précieux ?
G.C.K. Pour tout ce qui relevait de la culture générale. Quand on sort de classe prépa littéraire, on est béni en termes de culture : tout ce qui touche à la littérature, à l’histoire, à la géographie et aux langues vivantes, tout cela vient enrichir une compréhension du monde moderne qui a été impressionnante, même pour les jurys de l’ESSEC.

E.G. Au lycée Georges de La Tour, à Metz, nous avons parfois des réactions défavorables de nos étudiants au sujet du « parisianisme arrogant » propre à certaines écoles, au moment des oraux ou après leur intégration. Comment l’avez-vous vécu ?
G.C.K. Je n’ai pas du tout senti un « parisianisme arrogant », surtout étant à Cergy. Existe-t-il un « cergysianisme arrogant » ? Je n’en sais rien. Dans les soirées d’intégration, les profils d’étudiants sont divers. J’ai retrouvé beaucoup d’anciens élèves d’hypokhâgne ou de khâgne, d’autres diplômés d’un Bac +4 et bien évidemment ils n’étaient pas tous originaires de Paris. Certains venaient même d’Asie ou des États-Unis. L’ESSEC, ce n’est pas tant de l’avoir, c’est surtout ce qu’on en fait. C’est une formidable boîte à outils ! Et c’est la même chose avec les personnes avec lesquelles on choisit de rester : soit dans des groupes qualifiés de « bobos parisiens » ou autres, il y a de quoi trouver sa place !
 
E.G. Avez-vous toujours eu l’impression d’être à votre place ? N’avez-vous jamais regretté un cursus universitaire après votre formation de khâgneuse ?
G.C.K. Lorsque l’on choisit de faire une hypokhâgne et une khâgne, selon moi on ne sait pas quelle place occuper dans la société. On a conscience de prendre un chemin difficile, qui a trait à une volonté d’ouverture culturelle. Il y a chez moi un amour de ne pas être à sa place, sans avoir peur de détoner.
Maintenant, la place ce n’est pas tant de l’avoir que se la créer : créer son parcours, créer son cursus, ne pas avoir peur de faire des ponts, de revenir à la littérature au niveau du doctorat ! En même temps, tous les outils que j’ai découverts au niveau « commercial », j’ai pu les utiliser dans la carrière à laquelle je m’étais destinée. Donc, je pense faire feu de tout bois, sans avoir peur de tomber dans quelque chose qui n’est pas catégorisable.
 
E.G. De quelle manière avez-vous prolongé votre cursus universitaire ?
G.C.K. En même temps que ma formation à l’ESSEC, je me suis inscrite à l’université. J’ai complété mes licences grâce au système d’équivalences après la prépa : je suivais des cours à l’université de Metz et à l’université de Strasbourg en philosophie. J’ai continué en DEA et en doctorat en littérature comparée à Metz, plus exactement en « Dramaturgie comparée », mais la matière n’existe pas… Vous voyez, là aussi, un choix de carrière…
 
E.G. Quel a été le meilleur moment de votre parcours à l’ESSEC ?
G.C.K. Quand je suis rentrée à l’ESSEC, j’avais toujours un « scrupule » littéraire, comme Rodrigue dans Le Soulier de Satin de Claudel, que nous avions étudié avec vous en khâgne et dont la claudication rappelle toujours sa vraie nature. Ce qui m’a beaucoup plu à l’ESSEC, ce sont les associations culturelles ou théâtrales qui vous permettent de progresser, de vous faire apprécier, de vous faire respecter parce que vous acceptez des responsabilités. J’ai créé une émission de radio qui s’appelait « Le Temps retrouvé » ; le principe était d’inviter d’anciens étudiants de l’ESSEC, ce qui permettait aussi de développer un réseau, de créer un network. C’est donc un parcours très teinté de littérature, mes « scrupules » ne m’ont donc pas déformé les pieds, ils m’ont permis au contraire d’avoir de belles chaussures !
 
E.G. Une fois diplômée, qu’avez-vous commencé à faire ?
G.C.K. Une fois que j’ai décroché le MBA de l’ESSEC, je me suis inscrite en doctorat. J’avais le choix de tomber dans la pratique, c’est-à-dire produire, jouer, mettre en scène, puisque je savais désormais ce qu’était un budget… ou bien de continuer sur la voie des études : j’ai alors écrit cette lettre à Élie Wiesel, dans laquelle je lui disais être très intéressée par sa façon de s’adresser à Dieu sur scène, lui demandant ainsi de m’accorder une interview à laquelle il a répondu par la positive, mais qu’en plus il était prêt à diriger ma thèse si j’acceptais de venir m’inscrire à l’université de Boston. J’ai bien entendu tout laissé tomber pour partir de l’autre côté de l’océan Atlantique pour faire un doctorat et travailler à ses côtés pendant six ans, tout en continuant la pratique, en produisant, en mettant en scène et en jouant.
 
E.G. C’est dans ce contexte que vous avez rencontré John Malkovitch ?
G.C.K. Exactement, j’avais écrit une pièce de théâtre, Culture.com, que j’avais dédiée à John Malkovitch — elle faisait la différence entre l’intellectuel et l’intelligent —, et dont j’avais envoyé le texte à son agent à Los Angeles. Deux jours plus tard, j’ai reçu un coup de fil de son agent qui m’apprenait que John Malkovitch avait aimé ma pièce et qu’il me téléphonerait ! Vous pouvez imaginer ma réaction… Suite à son appel, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises, dont encore récemment, lors des journées de l’UNESCO.
 
Guila Clara Kessous lors de la cérémonie "Artiste UNESCO pour la Paix" avec Irina Bokova au micro
 
E.G. Justement, racontez-nous pourquoi et comment l’UNESCO vous a choisie comme ambassadrice, « ac-trice pour la paix » ?
G.C.K. Lorsque je me suis intéressée à l’œuvre de Paul Claudel et d’Élie Wiesel dans mon doctorat, je cherchais à savoir comment le média théâtre pouvait relayer le témoignage de la Shoah. Comment les survivants pouvaient toucher un large public ? Et du thème de la Shoah, j’ai ouvert ma problématique aux droits de l’homme : j’ai pu alors étendre mes recherches aux problèmes génocidaires du Rwanda, de Sarajevo, etc. L’UNESCO a été mis au courant de mon travail, de ma volonté de mettre en scène les survivants et j’ai été nommée par Irina Bokova, la directrice de l’UNESCO, « artiste pour la paix ».
 
E.G. Ensuite, tout s’enchaîne très vite pour vous. Dans quel contexte en venez-vous, par exemple, à travailler avec Marie-Christine Barrault ?
G.C.K. Une très belle rencontre, encore une fois quelqu’un qui incarne un relais de mémoire ; j’aime m’entourer de personnes qui ont, non pas seulement affaire avec la célébrité, mais qui sont des relais, des témoins capables de transmettre une envie, de défendre des causes. J’ai rencontré Marie-Christine Barrault dans le cadre de la célébration Koltès, qui s’est déroulée à Metz, et l’ai revue lors du centenaire J-L. Barrault à l’université de Harvard, à Boston et à New York, que j’ai organisé. Elle m’a suivie, et l’on a joué Savannah Bay de Marguerite Duras puis un texte de Pierre Pré-Hardy, Jean-Louis Barrault, 100 ans.
 
E.G. Vous avez presque autant de projets réalisés en anglais qu’en français. Le côté frappant de votre parc­ours, c’est que vous avez complètement intégré la dimension internationale tout en restant très française. Ce sont des parcours comme le vôtre qui prouvent que faire des études « classiques », des études en khâgne, études consi­dérées à tort comme loin des réalités du monde d’aujourd’hui, prépare parfaitement à devenir acteur du monde de demain.
G.C.K. Il faut savoir que malgré mes années de khâgne, mon anglais n’était pas du tout perfectionné. La clé ? Ne pas se décourager… Je me rappelle de mon professeur d’anglais qui m’avait mis un zéro moins l’infini en version. Maintenant, je me considère comme bilingue et je suis traductrice assermentée. Il faut laisser à la khâgne l’apprentissage de tout un savoir-faire en termes d’approche ; avec un ancien khâgneux, on a toujours affaire à quelqu’un qui a l’intelligence de s’adapter à différentes thématiques… et à l’ESSEC, tout le savoir-communiquer, comment avoir le culot de joindre untel, de décrocher son téléphone, c’est de la « cuisine commerciale ». Donc non, la carrière internationale n’a pas été facile mais elle a été aidée par un contenu que je dois à la khâgne et un contenant, que je dois à l’ESSEC.
 
E.G. Aujourd’hui, vous enseignez aussi bien à Sciences-Po qu’à Harvard. Le même cours dans deux langues…
G.C.K. Après mon doctorat à l’université de Boston, j’ai fait un post-doctorat au Centre des études européennes de Harvard durant lequel j’ai développé le cours « Théâtre et droits de l’homme ». Sciences-Po Paris m’a demandé d’adapter ce cours aux étudiants français. Je partage donc mon emploi du temps entre Paris et Boston, la première partie de l’année en France, l’autre aux États-Unis.
 
E.G. Vous menez d’autres projets de front ? Que reste-t-il de vos compétences acquises à l’ESSEC ?
G.C.K. Tout ce qui va être production de spectacles, pas seulement le montage financier, mais l’intelligence concrète du marketing du spectacle. Comment « marketer » un spectacle ? Comment donner aux gens l’envie de venir ? Comment en parler ? Ce sont des techniques que l’ESSEC m’a apprises en tant que chef de projet, en tant que responsable. Je suis aussi metteur en scène, comédienne, tout ce qui touche plus à l’artistique. Là, c’est plutôt le Conservatoire. Mais ce qui me reste de la khâgne, c’est surtout toute la partie écriture : à chaque fois que je fais un spectacle, j’écris un article à ce propos, une note de mise en scène, disponible sur Internet. Il faut voir comme cela change la relation au public, qui peut entrer dans l’univers du metteur en scène, comprendre ses intentions.
 
Hommage à Jean-Louis Barrault : Maris-Christine et Guila Clara jouent Savannah Bay de Marguerite Duras et Jean-Louis Barrault.
 
E.G. Et cependant, tout en étant active dans le monde du théâtre, vous n’avez pas perdu en chemin le goût de l’étude, de la recherche et de l’écriture — ce qui me fait très plaisir à titre personnel —, comme le prouve ce volume très récent, paru aux PUF, Le Théâtre et le sacré dans la tradition juive.
G.C.K. J’avais contacté les PUF afin qu’elles publient mon doctorat, qui paraîtra finalement aux Presses Universitaires de Rennes. À cette occasion, le directeur de la collection « Lectures du judaïsme » des PUF m’a incitée à travailler sur le lien entre le théâtre et l’autorité religieuse.
 
E.G. Je suis sûr que les étudiants de prépas littéraires qui liront cet entretien vont tôt ou tard s’interroger sur la manière dont vous gagnez votre vie… Est-ce indiscret de vous demander cela ?
G.C.K. Quand je suis à plein-temps à Harvard, en tant qu’enseignante, le salaire qui m’est versé me permet ensuite de m’investir dans des projets humanitaires. Lorsque l’on me demande de jouer comme à l’ADAMI, en 2009, aux côtés de J-P. Vincent, je mets de côté mon travail d’enseignante et je vis avec mon cachet d’actrice. Je prépare pour 2014 une mise en scène des Terres saintes d’Amanda Sthers, au Théâtre du Rond-Point, avec Claude Rich, et là ce sera mon cachet de metteur en scène. Puis, pendant cinq mois, je recevrai une bourse d’artiste en résidence à Marseille, pour l’adaptation de la Mulâtresse solitude. À chaque casquette correspond un cachet.
 
E.G. Juste pour finir de donner envie aux lecteurs d’Espace Prépas d’être ambitieux et de ne pas avoir une idée caricaturale des carrières qui les attendent au-delà des écoles de commerce, quels sont vos projets pour la saison à venir ?
G.C.K. Pour ses vingt ans de carrière, Amélie Nothomb m’a demandé d’enregistrer Hygiène de l’assassin, son premier roman, chez Audiolib, enregistrement qui est paru le 7 novembre dernier.
Nous avons également avec Francis Huster le projet de monter un spectacle sur Hélène Berr, une jeune femme juive, parisienne, morte en déportation dont j’ai adapté le journal, avec le soutien de sa nièce, Mariette Job. Je l’ai déjà joué avec Stéphane Freiss, aux Nations unies, au Festival d’Avignon… Un texte difficile à jouer où il faut accepter de ne pas être applaudie : il s’agit de faire entendre une voix, non d’incarner un personnage. J’ai enregistré une version en anglais qui sort à New York d’ici quelques semaines.
 
E.G. Nourrissez-vous des regrets vis-à-vis de l’École Normale Supérieure ?
G.C.K. Aucun regret ! Je me retrouve d’ailleurs à donner des cours à l’ENS Ulm, dans le cadre de l’Atelier de Recherche sur l’Intermédialité des Arts du Spectacle (ARIAS). C’est Jean-Loup Bourget, le directeur de l’École, qui m’a demandé d’animer ces conférences. J’ai aussi des projets avec l’ENS Lyon, dont la mise en scène d’une pièce inédite d’Élie Wiesel.
 
Photo 1 : Guila Clara Kessous lors de la cérémonie "Artiste UNESCO pour la Paix" avec Irina Bokova au micro
Photo 2 : Hommage à Jean-Louis Barrault : Maris-Christine et Guila Clara jouent Savannah Bay de Marguerite Duras et Jean-Louis Barrault.



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