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Les nouveaux défis de la prépa

Studyrama Grandes Ecoles : 06/02/2017

Alain Joyeux a été élu à la présidence de l’APHEC (association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales) en juin dernier, à la suite de Philippe Heudron. Pilote de l’association pendant seize années, ce dernier se consacre désormais au volet international des CPGE. Son successeur, professeur d’HGGMC au lycée Joffre, à Montpellier, occupait la vice-présidence de la voie ECS depuis 2012. Alain Joyeux s’est exprimé à plusieurs reprises dans les médias et sa tribune parue mi-novembre sur le blog du Monde tenu par Olivier Rollot nous a évidemment interpellés…

alain joyeux aphec

Espace Prépas. Commençons par un sujet central : aujourd’hui, comment faire concrètement envisager à davantage de bacheliers une orientation en classe préparatoire ?

Alain Joyeux. À l’heure où les regards se portent sur les Bachelors ouverts par les Grandes Écoles de management, les CPGE souffrent clairement d’un manque de visibilité. Les élèves, leurs parents, peuvent être séduits à l’idée d’intégrer une école juste après le bac pour ainsi éviter de s’investir dans des années de préparation exigeantes et d’avoir à affronter des concours qui, pourtant, ne font que classer les candidats et n’en éliminent quasiment aucun. Pour rétablir une information juste sur les classes préparatoires, il est nécessaire de défendre la notion de filière, de réaffirmer que cette voie conduit, en cinq années d’études, deux en prépa et trois en école, à l’obtention d’un Master. C’est par l’approfondissement du continuum prépa/Grandes Écoles que nous parviendrons à neutraliser la majorité des critiques essuyées, à tort, par la prépa. Plusieurs idées sont déjà sur la table et l’APHEC dialogue plus particulièrement avec deux écoles à l’élaboration de propositions communes.
 

E.P. Où le renforcement peut-il se jouer ?

A.J. L’on fait parfois la remarque aux professeurs de CPGE que leurs élèves manquent de soft skills. Une idée pas tout à fait juste, encore une fois, puisque nous encourageons les travaux de groupes dans plusieurs disciplines, mais il est vrai que la prépa est plus souvent saluée pour les qualités de synthèse, d’analyse et de réflexion qu’elle aide à développer chez les élèves. Cette précision importante étant donnée, il ne serait pas absurde d’intégrer à la formation une période dédiée à la réalisation d’un projet « hors prépa ». Un stage de terrain par exemple, ou des travaux de recherche en commun. À quel moment exactement ? La préparation des élèves aux concours ne pâtirait certainement pas du remplacement de deux à trois semaines de cours par cette expérience inédite à la fin de la 1re année. Le stress des épreuves est encore loin, l’été est une période dont certains profitent justement pour s’immerger dans le monde professionnel le temps d’un stage ou d’un petit job en entreprise… Il y aurait du sens à réaménager l’organisation de la fin de la 1re année, à la condition de trouver une solution aux problèmes d’encadrement juridique de cette expérience. Obtenir une convention de stage en CPGE n’est pas toujours une sinécure. Les lycées à CPGE ne peuvent signer de telles conventions et ne peuvent compter sur les universités qui n’ont pas l’habitude de proposer des stages durant les deux premières années de licence.
 

E.P. Les écoles pourraient-elles intervenir sur ce point ?

A.J. C’est une éventualité. Elles se montrent toutes vivement intéressées par la proposition. D’autant plus qu’une expérience terrain en prépa pourrait, d’une façon ou d’une autre, servir de support à l’entretien de personnalité et de motivation. Plusieurs écoles font évoluer leurs épreuves d’admission cette année. C’est le cas de l’EDHEC et de l’ESSEC. D’autres, TBS notamment, l’ont déjà fait. Les business schools sont également plusieurs à être intervenues sur leur offre de l’année pré-Master en y intégrant des cours de géopolitique ou de culture générale, ce qui contribue à renforcer les liens avec la prépa. Rien n’interdit que, sur la base du volontariat, des professeurs de CPGE soient invités à intervenir face à des étudiants en management au sein de certains modules. Toute initiative pertinente contribuant à renforcer le continuum prépa/Grande École sera à étudier.
 

E.P. La prépa a elle aussi remodelé sa première année. Dans quel contexte cette évolution est-elle intervenue ?

A.J. Les classes préparatoires, contrairement à ce que leur stature et leur stabilité peuvent laisser croire à leur sujet, ont vécu ces vingt dernières années des évolutions profondes à plusieurs niveaux. Depuis le passage de la formation en deux années, les programmes ont été plusieurs fois remodelés pour ne plus apparaître comme encourageant uniquement l’empilement des connaissances ou favorisant le bachotage, mais comme le moyen de faire de nos élèves des acteurs critiques du monde contemporain. La prépa développe formidablement la culture générale dans le sens le plus absolu et le plus noble du terme. C’est indispensable pour s’y retrouver dans un monde complexe sur lequel on ne pourra porter le regard le plus juste possible qu’en croisant les approches de plusieurs disciplines. Il est aussi intéressant de se pencher sur l’évolution des sujets de concours qui invitent au développement d’une réflexion, d’une argumentation riche et nuancée. Le monde n’est pas binaire ; il n’y a pas de solution à tout ; ce n’est pas forcément « oui » ou « non ». Plus récemment, une nouvelle adaptation des programmes a transformé l’approche de la prépa. Pas de refonte structurelle, mais un passage à la semestrialisation des enseignements avec pour consigne d’aborder le premier semestre de la 1re année comme une transition entre le secondaire et le supérieur. Il y est donc beaucoup question de méthodologie et le professeur n’est plus un « simple » enseignant, mais devient pour ses élèves un coach, un entraîneur qui s’adapte aux besoins et demandes de chacun. L’évolution de la relation pédagogique au sein de la prépa neutralise le cliché d’un quelconque « enfer ».
 

E.P. Il reste des bacheliers pour continuer à le penser ?

A.J. Il faut toujours beaucoup rassurer, notamment en période de saisie des candidatures sur APB. Je ne serais pas étonné de voir passer durant ces semaines (du 20 janvier au 20 mars 2017, N.D.L.R) quelques papiers ou reportages assez peu bienveillants envers la prépa. Le pire étant que ces clichés détournent de la formation de bons élèves scolarisés dans des établissements hors centre-ville ou issus de milieux sociaux moins informés, qui pouvaient hésiter et voient ainsi leurs doutes renforcés. Jamais les profils issus des catégories socioprofessionnelles les plus aisées — auxquels on pense, à tort (26 % de nos élèves sont boursiers), que la prépa est réservée — ne s’alarment face à cette mésinformation car ce sont justement eux les mieux informés sur la réalité des classes préparatoires. Montrer la réalité des CPGE en France est l’un de nos plus grands défis pour continuer à déployer cette formation de qualité pour tous.
 

E.P. Y a-t-il réellement de la place pour davantage de classes en voie économique et commerciale ?

A.J. Le taux de pression est élevé dans certaines options. En ECS, on dénombre une dizaine de candidats pour une place disponible. Il y a évidemment des disparités en fonction des zones géographiques. Même s’il est parfois difficile de « remplir » certaines classes, des académies pourraient ouvrir davantage de places. Il ne s’agit pas de créer des classes à tout va, mais d’identifier un vivier potentiel ou des zones où s’exprime une demande, et de répondre à cette demande. Un maillage territorial concerté et pertinent évitera aux élèves « l’exil » dans les académies mieux pourvues. Il faut absolument maintenir et renforcer un réseau national des classes préparatoires offrant toute la gamme des CPGE, depuis celles dites « de proximité » à celles bénéficiant d’une renommée plus large.
 

E.P. De quoi souffre la prépa, finalement ? De la concurrence des Bachelors ?

A.J. Tout d’abord, ne dramatisons pas : les effectifs en CPGE augmentent chaque année de manière nette, ce qui atteste de leur attractivité. Mais nos classes sont victimes, au mieux, d’une mauvaise information à leur sujet, au pire, d’un manque total d’information. Expliquer, réexpliquer, aux élèves et aux familles quelles sont les valeurs ajoutées de la formation reste le principal moyen d’en faire un choix d’orientation positive après le bac. De plus, il ne faut pas oublier que les Bachelors sont payants et que, d’une certaine manière, l’étudiant s’enferme très tôt dans une école alors que le préparationnaire pourra mûrir ses choix. Sans compter que les passerelles entre les programmes Bachelor et Grande École sont très limitées. Être diplômé(e) d’un Bachelor d’une école ne signifie pas que l’on sera plus facilement diplômé(e) de son Master in Management, c’est même l’inverse. Or, les recruteurs sont attentifs au diplôme et à la globalité du parcours des candidats : classe préparatoire + Master Grande École sont des atouts incontestables et incontestés.
 

E.P. Il faut aussi faire avec la montée en puissance des admissions parallèles…

A.J. Les Grandes Écoles font toutes face à une diminution de leurs ressources financières et recomposent leurs budgets sur de nouveaux équilibres. Le vivier des préparationnaires — autour de 10 700 candidats pour 8 000 places environ — devient trop étroit pour leur permettre d’assurer leurs développements. Il est normal qu’elles diversifient leurs recrutements. Que les classes préparatoires constituent une voie d’accès aux Grandes Écoles parmi d’autres n’est en rien un scandale, heureusement pour les bacheliers qui visent une business school, mais dont les profils sont davantage adaptés à l’université, par exemple. La pluralité des voies d’accès aux écoles n’est pas non plus une menace pour les CPGE si, encore une fois, elles restent en mesure de montrer la valeur ajoutée de la formation.
 

E.P. Vous défendez au nom de l’APHEC la création d’un collège des CPGE. Quel serait son rôle ?

A.J. L’idée a été évoquée il y a plus de 10 ans dans un texte adressé par Philippe Heudron au ministère de l’Enseignement supérieur, qui ne s’est jamais emparé du sujet. C’est regrettable, car il est essentiel qu’une cohérence de l’offre éducative, et donc des CPGE, soit maintenue à l’échelle nationale. Nous tenons à la gestion nationale du recrutement, de la carte des prépas, des programmes, du concours… Ce collège, qui regrouperait les associations de professeurs, de proviseurs, les représentants des Grandes Écoles, des universités et du Ministère, nous aiderait à parler d’une seule voix et donc à renforcer la visibilité des CPGE dans le paysage de l’enseignement supérieur en pleine recomposition.

Propos recueillis par Stéphanie Ouezman
Photo : ©APHEC


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